Discours de Markos Bekris, Président de l’Union ENEDEP- COSCO, lors du séminaire international du PAME, 17 juin 2022

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Cher(e)s collègues,

Au nom du PAME, nous vous souhaitons la bienvenue en Grèce, au Congrès National du PAME qui aura lieu demain et après-demain dans la ville ouvrière du Pirée. Nous vous donnons la bienvenue au Séminaire International du PAME que nous organisons aujourd’hui sur “l’action des syndicats dans toutes les conditions. Notre expérience des luttes pendant la pandémie”. Dans ces conditions, les syndicats et les syndicalistes qui se rallient au PAME ont ouvert de grands fronts de lutte pour la défense de la santé et des droits des travailleurs, ont organisé des luttes emblématiques dans des secteurs de travail et des grandes entreprises, qui ont remporté d’importantes victoires.

Nous pensons que cette expérience est très utile pour mieux organiser l’action des syndicats et du PAME en Grèce, afin d’intensifier la lutte contre la barbarie et l’exploitation capitalistes, contre les gouvernements qui servent les groupes d’affaires.

Votre solidarité a donné de la force aux luttes des travailleurs en Grèce, elle nous a donné du courage pour continuer notre résistance. La solidarité et la lutte de classe internationale des travailleurs font partie intégral pour que la lutte de classe des travailleurs puisse mettre son empreinte sur les développements, pour organiser de grandes et victorieuses luttes de classe.

Cette expérience vient également des luttes du syndicat des travailleurs portuaires de COSCO au Pirée. Des luttes qui ont porté leurs fruits, avec la signature d’une Convention Collective avec des augmentations significatives, contre les lois de l’État et des armateurs, contre les industriels et les groupes monopolistiques.

Notre lutte pour nos droits fondamentaux commence quand la société COSCO est venue dans le port. Il y a plus de dix ans, dans des conditions de chômage énorme, l’investissement de COSCO a été présenté comme une opportunité tombée du ciel pour les chômeurs. Nous allons travailler dans des conditions misérables. Il n’y a pas de droits, pas de contrats, ni heures de travail, ni mesures de protection, rien. Nous avons des accidents et des blessures tout le temps. Avec le soutien des syndicats du PAME, nous entamons des démarches pour former un syndicat. D’abord en secret. Petit à petit, nous faisons des pas, nous organisons les premières mobilisations, notre syndicat est fondé. Les premières mobilisations sont très difficiles, la peur domine, ainsi que la colère et l’indignation. Le soutien du PAME et les premières manifestations de solidarité internationale des collègues du Centre Régional Syndical de Marseille ont été très importants dans ces premières luttes et actions.

Notre participation de masse et les répercussions de notre action effraient les employeurs qui utilisent tous les gouvernements que nous avons eus, celui de la ND, du SYRIZA, du PASOK, pour nous terroriser. Nos grèves sont toujours déclarées illégales. L’employeur, avec l’aide du gouvernement du SYRIZA de l’époque, a créé son propre “syndicat”. Les intimidations s’intensifient. Et nous arrivons à la période de la pandémie.

Au début de la pandémie, nous profitons des initiatives et des actions des médecins militants. Nous amenons des travailleurs de santé sur le port, nous parlons aux travailleurs, nous leur donnons du courage. Le 1er mai 2020, après la grande rassemblement du PAME, nous retournons au port et nous voyons que les sourires de nos collègues sont devenus plus grands.

C’est alors qu’arrive le moment tragique de la mort de notre collègue Dimitris. La colère déborde. Nous allons de l’avant avec des assemblées de masse où les travailleurs eux-mêmes décident à faire des grèves consécutives pour exiger des mesures de protection et une Convention Collective.

Dans cette lutte, nous vivons des moments bouleversants. Nous parlons par radio aux marins qui attendent le déchargement. Nous les informons de notre lutte. Dans les radios, nous entendons le même message dans différentes langues: “NOUS SOMMES AVEC VOUS, FRÈRES, CONTINUEZ!”.

Nous organisons des actions quotidiennes, des manifestations, des rassemblements. Pendant que nous organisons un grand rassemblement dans notre port, des vidéos nous parviennent des bureaux de COSCO à Istanbul où des collègues de NAKLIYAT se sont rendus et des ports italiens où nos collègues italiens se sont rendus pour mener des actions de solidarité. Ces actions nous donnent une force énorme. Des messages de soutien nous parviennent du monde entier.

Le 4 novembre, les employeurs et le gouvernement reculent et les négociations pour la convention collective commencent. Nous partageons notre joie avec nos collègues de France et de Turquie qui viennent en personne au port pour soutenir notre lutte.

Une nouvelle lutte de plusieurs mois et de plusieurs formes commence. Les tribunaux nous envoient chaque jour leurs décisions selon lesquelles nos grèves sont illégales. Le gouvernement envoie des forces répressives, comme si nous étions une organisation terroriste. Garde-côtes, forces spéciales, véhicules blindés avec canons à eau. Mais leurs efforts sont vains.

Notre combat se termine par la signature d’une convention collective il y a environ 15 jours. C’est une grande victoire.

Collègues,

Ces batailles, cette lutte a été, est et sera d’autant plus importante parce qu’elle confirme une seule chose: les seules luttes qui peuvent apporter des résultats, sont celles qui visent le véritable ennemi, les groupes d’entreprises ainsi que les gouvernements qui les servent. Les luttes qui défendent nos intérêts de classe et montrent la perspective de la lutte de classe. Les luttes qui ne cultivent pas l’illusion qu’il existe des gouvernements favorables aux travailleurs, les luttes qui ne veulent pas transformer le mouvement ouvrier en un tremplin pour le changement de gouvernement.

Notre plus grand succès est le fait que notre syndicat a été le centre de la lutte. Sa massification, son action, la participation massive et démocratique de tous ses membres. Le PAME se bat pour de tels syndicats. Des syndicats qui soient de véritables châteaux de la lutte, avec des Assemblées Générales massives et démocratiques, en contact permanent avec la majorité des travailleurs à l’intérieur et à l’extérieur du lieu de travail, pour cultiver et maintenir chaud le feu de la résistance dans toutes les conditions, même quand tout semble noir et contre nous.

Dans ces luttes, il est important que les revendications des syndicats soient en rélation avec les besoins des collègues, mais aussi qu’elles soient fondées sur l’expérience du travailleur, c’est-à-dire sur ce qu’il produit et ce qui lui est volé. Ces plates-formes de lutte peuvent devenir la propriété des travailleurs parce qu’elles sont formées par eux, de sorte que la lutte qui a lieu n’est pas étrangère mais bien la sienne. Nous y sommes parvenus et aucun mécanisme briseur de grève, aucun tribunal, aucun gouvernement, aucune force répressive n’a pu opposer un travailleur à un autre. Tout le monde comprend que nous avons raison. Toutes ces années, nous avons mené des dizaines de batailles dans des conditions différentes,

– pendant la crise capitaliste et pendant la relance capitaliste

– dans une période de guerre dans notre région

-avec différents gouvernements, parfois sociaux-démocrates, parfois néolibéraux.

Avec le gouvernement du SYRIZA, nous avons été traînés devant les tribunaux, avec le gouvernement de la ND, nous sommes traînés à nouveau devant les tribunaux. Avec le gouvernement du SYRIZA, nos grèves étaient illégales, avec le gouvernement de la ND, nos grèves et nos mobilisations sont encore illégales.

Grâce à notre effort constant, un grand nombre de collègues ont réalisé qu’ils sont confrontés à un État bourgeois qui a une continuité, quelle que soit la couleur du gouvernement.

Nous faisons face à la classe unie des exploiteurs, malgré leurs grandes différences, comme c’est le cas maintenant dans la guerre en Ukraine où les centres impérialistes de l’UE, l’OTAN, les États-Unis d’une part et la Russie d’autre part se battent pour déterminer qui aura les plus grands profits, économiquement et géopolitiquement. Mais lorsqu’ils se sentent menacés par les travailleurs, ils attaquent avec rage. C’est pourquoi les travailleurs n’ont aucun intérêt à choisir un camp de voleurs plutôt que l’autre, ils n’ont aucun intérêt à impliquer leurs pays dans la guerre impérialiste.

Notre seul choix est la solidarité et l’amitié des peuples. La lutte sans relâche contre nos exploiteurs, guidée par le slogan “sans toi aucun engrenage ne tourne, ouvrier tu peux vivre sans patrons”.

 

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